Il y a trente ans, Srebrenica: un génocide qui divise toujours la Bosnie-Herzégovine
Ce 11 juillet, le monde entier est appelé à commémorer le massacre de 8372 hommes bosniaques de cette enclave assiégée par les troupes du général Mladic.

- Publié le 11-07-2025 à 09h30

Depuis quelques jours déjà, la Bosnie-Herzégovine vit au rythme des commémorations du trentième anniversaire du génocide de Srebrenica. Vendredi, le monde entier est appelé à se souvenir du massacre de 8372 hommes bosniaques de cette enclave assiégée par les troupes du général Mladic, commandant des forces armées serbes de Bosnie-Herzégovine, en quelques funestes jours de juillet 1995. L'an dernier, une résolution des Nations unies a fait du 11 juillet une Journée mondiale du Souvenir.
"Srebrenica est le seul cas reconnu de massacre génocidaire dans l'ensemble des guerres yougoslaves", rappelle Jean-Daniel Ruch, ancien conseiller diplomatique de Carla Del Ponte, la procureure générale du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). "Le plus difficile est de prouver l'intention génocidaire, mais dans le cas de Srebrenica, nous avions les documents, les preuves, les témoins qui permettaient de le faire."
Nettoyage ethnique
La petite ville de Srebrenica formait une enclave bosniaque dans une Bosnie orientale presque entièrement occupée par les nationalistes serbes et soumise, dès avril 1992, aux violences du nettoyage ethnique. Pilonnée, affamée, sur le point de tomber, l'enclave, où survivent quelque 60 000 personnes, est proclamée "zone de sécurité" des Nations unies en mars 1993. Malgré cela, elle est attaquée par les troupes serbes le 7 juillet. Faute de soutien militaire extérieur et de consignes claires de sa hiérarchie, le bataillon de casques bleus néerlandais déployés dans l'enclave est incapable d'opposer une résistance. La ville tombe le 11 juillet.
Alors qu'une forte colonne était partie en tentant de percer les lignes serbes, les habitants se groupent dans le faubourg de Potocari, près du QG des casques bleus. C'est là que le général Mladic en personne supervise le "tri" : femmes, enfants et personnes âgées sont menés dans une noria d'autocars qui les conduit vers les lignes bosniaques, tandis que les hommes âgés de 16 à 60 ans sont fusillés, leurs corps jetés dans les fosses communes creusées à l'avance dans les alentours de Srebrenica.
Un parallèle contestable
La reconnaissance du génocide continue pourtant de diviser la Bosnie-Herzégovine. Les autorités de la Republika Srpska, l'entité serbe du pays, soutenues par celles de la Serbie voisine, continuent de refuser la qualification de "génocide". "Le nombre des victimes reste hélas contesté dans certains milieux serbes", reconnaît Jean-Daniel Ruch, qui estime pourtant que le travail du TPIY a "limité" les relectures révisionnistes des faits. En effet, "même les avocats de Milosevic reconnaissent que des milliers de personnes ont été exécutées durant cette semaine de juillet 1995".
En juin 2021, le Haut représentant international (OHR) en Bosnie-Herzégovine a signé un décret interdisant toute expression de "négationnisme et d'apologie des crimes de guerre", une décision qui a aggravé les tensions avec les autorités de Republika Srpska, qui ne reconnaissent plus cette institution, pourtant prévue par les accords de paix de Dayton. Samedi dernier, Milorad Dodik, le président de "l'entité serbe" de cette Bosnie-Herzégovine toujours divisée, a présidé les cérémonies commémoratives en l'honneur des 3267 Serbes qui ont été tués de 1992 à 1995 dans la vallée de la Drina. Si ce nombre de victimes n'a pas à être contesté, le parallèle effectué par les nationalistes serbes peut l'être, car il vise à relativiser les victimes du génocide de Srebrenica, abattues en quelques jours.
Cette année, seuls sept nouveaux corps identifiés dans l'année grâce aux techniques ADN seront ensevelis au Mémorial de Potocari, et ces identifications sont appelées à être de plus en plus rares. Néanmoins, veuves et mères de Srebrenica se presseront à la cérémonie. Certaines attendent toujours l'identification d'un parent, d'un fils ou d'un époux. Trente ans après le crime, certaines sont mortes à leur tour, mais les survivantes gardent l'espoir de retrouver les restes de leurs proches.
