"Les habitants du village ont été exécutés, les bâtiments ont été rasés, et le nom de la commune a été effacé" à cause de "la bête blonde"
En 1942, après l'assassinat de Reinhard Heydrich, numéro deux de la SS, Adolf Hitler ordonne la destruction complète d'un village tchèque, en représailles. Dans le cadre de sa série "Il était une fois", La Libre revient sur le massacre de Lidice.

- Publié le 14-06-2026 à 12h00

En 1942, la Tchécoslovaquie a été amputée des Sudètes à l'issue des accords de Munich, et la Slovaquie est devenue un État satellite de l'Allemagne nazie. Les régions tchèques de Bohême et de Moravie sont transformées en un protectorat, et administrées par un homme à la réputation sanguinaire.
Reinhard Heydrich, numéro deux de la SS et proche collaborateur de Heinrich Himmler, est alors au faîte de sa puissance. Il mène une politique de répression brutale, visant à germaniser la population du territoire occupé.
Surnommé, "la bête blonde", c'est aussi l'un des principaux architectes de la "Solution finale", l'extermination des Juifs d'Europe.
La résistance tchécoslovaque, exilée à Londres, veut prouver aux Alliés qu'elle respire encore. Cela passera par un coup d'éclat. Et la cible est toute trouvée.

L'opération Anthropoid
27 mai. Heydrich circule en Mercedes décapotable dans les rues praguoises.
Quand surgissent Jozef Gabčík et Jan Kubiš, deux soldats de la résistance tchécoslovaque, parachutés quelques mois plus tôt depuis Londres, où l'opération "Anthropoid" est élaborée dans le plus grand secret.
Touché par une grenade, le criminel de guerre est transporté d'urgence à l'hôpital, où il semble dans un premier temps se remettre de ses blessures. Avant de succomber quelques jours plus tard d'une fulgurante septicémie, ses blessures s'étant infectées.
Les représailles qui suivent la mort de Heydrich sont terribles, et dépassent de loin les cas personnels de Gabčík et Kubiš.
Les deux héros tchécoslovaques sont traqués sans relâche, et finissent par être débusqués dans la cathédrale Saints-Cyrille-et-Méthode de Prague, où ils meurent en martyr.
Après plusieurs heures d'un combat valeureux, Kubiš décède de ses blessures, tandis que Gabčík et ses camarades de la résistance se donnent la mort, comprenant qu'ils vont être capturés.
Mais l'horreur ne fait que commencer.

Soif de vengeance et de terreur
Après l'attentat, Adolf Hitler en personne veut une réponse des plus fermes. Les nazis ont soif de sang. Une lettre les met sur la piste de Lidice, révélant un lien éventuel entre l'assassinat et une famille du village, dont un fils sert dans l'armée tchécoslovaque en Grande-Bretagne.
L'hypothèse est très vite réfutée. Mais le mal est fait, et malgré ces accusations démenties, le village doit payer, servir d'exemple pour l'affront qu'a subi l'Allemagne. Qu'importent les preuves, les nazis veulent une vengeance, après la mort d'"un grand homme de la nation".
Le 9 juin, jour des funérailles de Reinhard Heydrich, le Führer ordonne la destruction totale du village.
Il faut également retrouver les coupables, coûte que coûte. Pour ce faire, Karl Hermann Frank, chef supérieur des SS et de la police dans le protectorat, instaure la loi martiale et lance la traque des responsables.
Le successeur de Heydrich, Kurt Daluege, donne l'ordre à ses ouailles de semer la terreur, pour mater la résistance tchèque. Quitte à massacrer des civils.

Le massacre de Lidice
10 juin. Les habitants de Lidice ne le savent pas encore, mais une matinée d'horreur va s'abattre sur leur petite cité minière.
Au petit matin, des unités de police allemande et des SS encerclent la petite bourgade et ses 93 maisons, située à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Prague. Interdiction pour quiconque de rentrer ou sortir du village. Les objets de valeur, les radios et les bicyclettes sont confisqués.
Les hommes sont regroupés par groupes de dix et emmenés au peloton d'exécution. Placés devant un matelas pour éviter les ricochets des balles, ils sont fusillés. Deux heures plus tard, 173 cadavres gisent à même le sol.
Les femmes sont déportées au camp de concentration de Ravensbrück, où bon nombre d'entre elles périront.
Les enfants sont, quant à eux, séparés de leurs mères. Les rares chanceux sont sélectionnés pour être germanisés dans des familles allemandes. Les autres sont déportés au camp d'extermination de Chełmno, où ils sont atrocement assassinés au gaz d'échappement, dans des véhicules spécialement aménagés.
Même les animaux sont égorgés.
Au total, 340 villageois perdent la vie dans ce massacre, sur les près de 500 habitants que comptait Lidice.

Supprimer le village de l'Histoire
Anéantir les habitants ne suffit pas. Les nazis veulent supprimer entièrement toute trace de Lidice. Les maisons sont incendiées, pulvérisées par des explosifs, rasées. L'église est réduite en poussière. Même les morts n'ont pas le droit au repos éternel, le cimetière est détruit à son tour.
L'idée du Führer est claire : le nom même du village doit être effacé, rayé des cartes.
Contrairement à d'autres massacres commis par l'Allemagne nazie durant la Seconde guerre mondiale, les atrocités commises à Lidice n'ont jamais été tenues secrètes par les nazis, qui les ont mêmes revendiquées.
"Les bâtiments du village ont été rasés, et le nom de la commune a été effacé", proclamait même la radio allemande.
Paroxysme de l'horreur, les nazis ont filmé leurs crimes. Des documents qui serviront de pièce à conviction lors du procès de Nuremberg en 1945.
Toutefois, la publicité de ces crimes de guerre va entraîner un soutien sans précédent à la petite commune tchèque, et ce dans le monde entier.
Aux quatre coins de la planète, du Panama à la Colombie, en passant par le Royaume-Uni, Israël, les États-Unis ou encore le Venezuela, des dizaines de rues, de quartiers ou de communes sont renommées "Lidice", en hommage au village martyre tchèque.

Reconstruction et mémoire
Après-guerre, 143 femmes de Lidice, survivantes des camps de concentration, participent à la reconstruction du village, non loin des ruines de l'ancien. 17 enfants sont retrouvés et rendus à leur mère.
Un mémorial est construit dans les années 1960, honorant les femmes, hommes et enfants massacrés à Lidice en juin 1942. Pour ne jamais oublier.
