Face à l'Iran, pourquoi les Israéliens comptent tant sur la bombe GBU-57 ? "Ils explorent même des options dignes de scénarios hollywoodiens"
Capable de frapper des bunkers situés à plus de 60 mètres sous le béton, cette ogive de 13 tonnes représente l'unique option pour neutraliser des sites comme Fordo. Mais son utilisation impliquerait une coordination étroite avec Washington, et des conséquences géopolitiques majeures.

- Publié le 18-06-2025 à 16h52
- Mis à jour le 18-06-2025 à 17h44

Une arme qui pourrait tout changer ? Alors que les tensions régionales sont de plus en plus intenses, une question stratégique se pose en coulisses : qui peut réellement atteindre les sites nucléaires iraniens les plus protégés ?
À ce jour, seule une bombe américaine, la GBU-57, semble en avoir la capacité. Conçue pour pénétrer des dizaines de mètres de béton et de roche avant d'exploser, cette ogive de plus de 13 tonnes est hors de portée des arsenaux israéliens.
Parmi toutes les bombes pénétrantes connues, la GBU-57 est celle qui se distingue par sa capacité à atteindre des profondeurs extrêmes"
C'est notamment le cas du site d'enrichissement de Fordo, situé au sud de Téhéran, enfoui profondément sous terre et épargné jusqu'ici par les frappes. Contrairement aux installations de Natanz ou d'Ispahan, ce site reste, selon l'AIEA, intact, et inaccessible.
"Seuls les États-Unis disposent d'une capacité conventionnelle pour frapper un tel site", a souligné Mark Schwartz, ancien général américain devenu expert au sein du groupe de réflexion Rand Corporation. Cette capacité, c'est la GBU-57, une arme de dernier recours qui pourrait, dans un scénario d'escalade, faire basculer l'équilibre stratégique de la région.

Des ogives explosant une fois l'installation souterraine atteinte
"Parmi toutes les bombes pénétrantes connues, la GBU-57 est celle qui se distingue par sa capacité à atteindre des profondeurs extrêmes, autour de 60 mètres dans un sol déjà renforcé de béton, explique Didier Leroy, chercheur à l'Institut royal supérieur de défense. Fordo, ce n'est pas juste un bunker. C'est une infrastructure profondément enfouie, parfois à plus de 200 ou 300 mètres sous la surface si l'on tient compte du relief montagneux qui la recouvre."
Pour espérer neutraliser de telles installations, il faudrait, selon lui, "plusieurs bombes de ce type larguées avec une très grande précision". Un scénario théorique, mais qui donne une idée des limites actuelles des armées, même les mieux équipées.
D'ailleurs, seuls les bombardiers furtifs B-2 de l'armée américaine peuvent larguer la GBU-57. Déployés brièvement en mai sur la base américaine de Diego Garcia, ces avions peuvent aussi décoller des États-Unis et atteindre le Moyen-Orient sans escale. Chaque B-2 peut transporter deux de ces bombes.
Et Israël, justement, ne possède ni la bombe ni les avions capables de transporter une charge aussi lourde. Impossible, donc, pour l'État hébreu d'agir seul. "Les Israéliens dépendent complètement des Américains pour ce type d'opération. C'est ce qui les pousse à explorer d'autres options, plus risquées, parfois presque dignes de scénarios hollywoodiens", note Didier Leroy.
Un risque radioactif immédiat
Il évoque ainsi l'hypothèse, purement spéculative, d'un raid clandestin : "Imaginez qu'un commando parvienne à neutraliser les équipes de sécurité de Fordo et à poser des charges explosives directement à l'intérieur de l'installation. Cela permettrait de contourner le blindage naturel du site. Mais c'est évidemment un pari fou, avec très peu de chances de succès."
Les risques humanitaires, environnementaux et géopolitiques d'une frappe contre les installations nucléaires iraniennes sont majeurs.
"Si une bombe touche un site actif, c'est un risque radioactif immédiat, avec des conséquences comparables à une marée noire, mais nucléaire", alerte ce spécialiste de la région. L'inquiétude porte aussi sur les réactions en chaîne que cela pourrait provoquer, notamment si des infrastructures pétrolières ou gazières sont atteintes. "Le comportement israélien n'est pas forcément rassurant : ils ont déjà frappé des sites alors même que l'AIEA venait de confirmer l'absence de fuite radioactive", rappelle-t-il. Selon lui, cela traduit une forme de "jusqu'au-boutisme assumé", avec un agenda militaire "prêt à se déployer coûte que coûte, au mépris des conséquences environnementales".
Par ailleurs, une intervention militaire américaine pour détruire les installations nucléaires iraniennes les plus protégées ne serait pas sans conséquences. Au-delà du défi opérationnel, une telle action aurait un coût politique important pour Washington. Et ce n'est pas la seule option sur la table.
En effet, en l'absence de la bombe anti-bunker américaine, les Israéliens pourraient viser plus indirectement les complexes souterrains, comme Fordo, en frappant les accès, en tentant de provoquer des effondrements ou en coupant l'alimentation électrique. Une stratégie déjà testée sur d'autres sites comme celui de Natanz.