Gaza : l'accord sur le désarmement du Hamas annoncé par Trump divise déjà Israéliens et Palestiniens. "Qui va commencer ?"
Donald Trump a annoncé un accord sur le désarmement du Hamas à Gaza. S'il a été confirmé vendredi par l'organisation islamiste, Israéliens et Palestiniens restent sceptiques, chacun conditionnant le désarmement au retrait préalable de l'autre.
- Publié le 31-07-2026 à 14h06

Donald Trump a annoncé ce 30 juillet la conclusion d'un accord sur le désarmement du Hamas dans la bande de Gaza. L'organisation islamiste a confirmé vendredi l'existence d'un tel accord, conditionné à un retrait militaire israélien et à la mise en place d'une force de police palestinienne dans l'enclave.
Ghazi Hamad, membre de l'équipe de négociations du Hamas interrogé par l'AFP, a confirmé que "des concessions pour le bien (du peuple palestinien) dans la bande de Gaza, afin de le sauver de la mort et du déplacement" ont été faites en Égypte.
Le désarmement du Hamas, principal point d'achoppement du plan de paix en 20 points élaboré par Donald Trump, a pris ces derniers mois des allures de feuilleton. Abonné aux annonces tonitruantes qui se dégonflent tout aussi spectaculairement, le président américain a assuré jeudi sur son réseau Truth Social l'arrivée d'une "étape monumentale vers la fin des combats"… sous plusieurs conditions.
Un délai de 14 jours
La première doit consister en un retrait progressif des forces israéliennes, qui occupent actuellement 60 % du territoire palestinien. Une Force internationale de stabilisation serait ensuite mise en place pour soutenir un Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG) – un organisme composé de technocrates palestiniens chargé des services civils et de la sécurité dans la bande de Gaza en remplacement de la police du Hamas.
L'accord annoncé par Donald Trump prévoit un délai de 14 jours après son approbation pour juger du respect de ses termes par les parties avant l'annonce d'un calendrier opérationnel. Les armes lourdes du Hamas seraient stockées dans un endroit sécurisé, selon des informations communiquées par le média Axios, et les tunnels et usines de manufacture d'armes seraient démantelés. Selon plusieurs sources proches des négociations, Israël a été impliqué tout au long des discussions.
Scepticisme en Israël
Selon les médias israéliens, l'ambassade de l'État hébreu à Washington n'a dans un premier temps pas souhaité commenter l'annonce de Donald Trump. Gadi Eisenkot, rival de Benjamin Netanyahou en vue des législatives israéliennes prévues en octobre, a pour sa part affirmé que "tout accord sera jugé uniquement à l'aune de la réalisation des objectifs de la guerre : la destruction de l'appareil militaire et gouvernemental du Hamas ou son démantèlement. Tout résultat inférieur à cela constituera un échec total."
D'autres observateurs, dont le site d'information israélien Ynet, pointent les "lacunes importantes" de l'accord, notamment sur la question du retrait israélien de la bande de Gaza. "Les autorités de Jérusalem affirment qu'il n'y aura pas de retrait sans désarmement, tandis que celles de Gaza soutiennent qu'il n'y aura pas de désarmement sans retrait", résumait la journaliste Lior Ben Ari vendredi matin.
"Nous ne prendrons aucune mesure en faveur du désarmement avant qu'Israël ne se retire de la bande de Gaza", a de son côté affirmé le négociateur Ghazi Hamad. Un constat bien éloigné du processus "soigneusement structuré" annoncé par Donald Trump quelques heures plus tôt.
Le retrait militaire refusé par une majorité d'Israéliens
Une majorité des Israéliens (67 % des Juifs et 52 % de l'ensemble des citoyens) se prononcent en faveur d'une occupation temporaire de Gaza après la guerre, selon un sondage publié en juillet par le Centre de Jérusalem pour la sécurité et les affaires étrangères (JCFA), un think tank local. Le 20 juillet, une marche de partisans de la colonisation appelant à la réoccupation de l'enclave palestinienne a réuni plusieurs centaines de personnes en bordure du territoire dévasté par près de trois années de guerre. Neuf des vingt-quatre ministres israéliens, dont les suprémacistes Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, ont appelé à la construction de nouvelles colonies. "Nous rentrons à la maison. Gaza est à nous !", a notamment déclaré le ministre de la Police israélien Itamar Ben Gvir.
Depuis Gaza, le journaliste Rami Abou Jamous fait part du "manque d'espérance et d'optimisme" de la population palestinienne quant à cet accord sur le désarmement, alors que 2 millions de personnes survivent dans des conditions extrêmes sous un cessez-le-feu de paille. Depuis sa mise en place en octobre 2025, les opérations militaires israéliennes ont en effet fait au moins 1 214 morts palestiniens, selon le ministère de la Santé du territoire. L'armée israélienne affirme de son côté avoir perdu cinq soldats.
"On part du postulat que l'un va faire un pas et l'autre camp un deuxième, mais qui va commencer ?", interroge le Gazaoui. À l'approche des élections israéliennes, il craint que la population palestinienne, "meilleure campagne pour les politiques israéliens, Netanyahou comme Bennett", ne soit soumise à de nouvelles frappes. Et de conclure : "Plus il y a de morts, plus il y a de points pour les élections".

