"Donald Trump va aller à un rendez-vous qui pourrait bien faire basculer le conflit en Iran"
Deux mois après le début de l'offensive américaine et israélienne contre l'Iran, le conflit s'enlise dans une impasse. La guerre éclair promise par Trump ressemble désormais à un bras de fer dont personne ne voit la fin. Sauf peut-être à Pékin.

- Publié le 28-04-2026 à 21h33
- Mis à jour le 29-04-2026 à 16h38

Deux mois après son déclenchement, la guerre au Moyen-Orient semble déjà s'être installée dans une impasse durable, loin de la campagne éclair initialement annoncée.
Déclenchée le 28 février par Donald Trump aux côtés d'Israël, l'offensive aérienne présentée comme rapide et décisive s'enlise en effet dans un affrontement économique et diplomatique dont l'issue reste incertaine.
Dès le départ, les ambitions affichées par Washington apparaissaient difficilement réalisables"
Entre un cessez-le-feu fragile, des négociations au point mort et de multiples tensions autour du détroit d'Ormuz, le conflit prend de plus en plus les traits d'une "guerre gelée".
Des objectifs hors de portée dès le premier jour
Pourtant, au départ, la Maison-Blanche affichait une ambition totale : détruire les capacités nucléaires iraniennes, démanteler l'arsenal balistique du régime, et précipiter un changement de pouvoir à Téhéran. Deux mois plus tard, aucun de ces trois objectifs n'est atteint.
"Les ambitions affichées par Washington apparaissaient difficilement réalisables, souligne le colonel Roger Housen, analyste militaire et ancien colonel. Les objectifs que le gouvernement Trump voulait atteindre étaient même inatteignables. Cela nécessitait un déploiement de troupes au sol, ce qui n'a jamais été envisagé. Il y a donc un décalage clair entre les objectifs politiques et la réalité du terrain."
Le résultat : un fossé béant entre la rhétorique de victoire des États-Unis et d'Israël, et la situation sur le terrain, où l'Iran tient toujours debout, le détroit d'Ormuz reste sous pression, et le Hezbollah continue ses tirs sur le nord d'Israël.
Face à une coalition militaire qu'elle savait ne pas pouvoir affronter directement, l'Iran a choisi une tout autre logique. "Téhéran a réagi de manière très intelligente, de manière asymétrique, analyse-t-il. L'Iran sait très bien qu'il ne peut pas battre la coalition israélo-américaine avec ses seuls moyens militaires. Donc ils ont choisi dès le début une approche différente : utiliser l'arme économique avec le détroit d'Ormuz, impliquer d'autres États de la région, Arabie saoudite, Qatar, Koweït, et augmenter la pression économique sur le reste du monde, y compris l'Asie et l'Europe."
Mais l'élément le plus redoutable de cette stratégie est peut-être le plus discret : le facteur temps. "À Téhéran, on a compris que le temps jouait en faveur de l'Iran. Les élections de novembre aux États-Unis commencent à peser sur les calculs de Trump, estime Sven Biscop, directeur général de l'Institut royal Egmont et professeur en stratégie et politique étrangère à l'université de Gand. Plus le conflit dure, plus la pression domestique augmente. Et l'Iran n'a aucune raison d'accélérer quoi que ce soit, elle adopte donc une approche asymétrique, et implique d'autres États de la région pour accroître la pression."
Le pétrole, baromètre d'une guerre sans vainqueur
La réalité de ce conflit, les Européens et les Asiatiques la mesurent chaque semaine à la pompe. Le baril de Brent a frôlé les 166 dollars à la mi-mars, avant de redescendre légèrement au gré des rumeurs de négociations, pour remonter dès que celles-ci échouent.
Le blocage du détroit d'Ormuz, par lequel transite une part significative du pétrole mondial, reste l'arme majeure de Téhéran.
Et au cœur du blocage diplomatique se trouve une question que ni les frappes ni les négociations n'ont résolue : l'Iran dispose toujours de son expertise et d'une partie de ses capacités nucléaires. Selon le colonel Housen, c'est là que se situe la vraie ligne rouge américaine.
La pression internationale ne va qu'augmenter dans les semaines à venir. C'est cet élément qui sera crucial pour pousser Washington vers plus de souplesse et moins d'exigence"
"L'Iran dispose encore de l'expertise en la matière, de pas mal d'installations, et un peu plus de 400 kg d'uranium enrichi. Ils peuvent à tout moment reprendre leur programme nucléaire, malgré les démentis de Netanyahou et de Trump. Et tant que cet uranium n'est pas en possession des États-Unis, c'est l'Iran qui garde l'avantage."
Mais obtenir la capitulation nucléaire de l'Iran implique, pour Sven Biscop, une condition préalable que personne n'est en mesure de remplir. "Netanyahou comprend que l'Iran ne peut pas être vaincu par les seuls moyens militaires. Il faudrait d'abord un changement de régime. Mais pour provoquer un tel changement, il faut la collaboration de la population, une forme de révolte. Ce n'est pas le cas actuellement, et je ne vois pas comment on pourrait y parvenir dans la situation actuelle."
Le risque de conflit gelé, un scénario crédible
C'est le scénario que redoute le plus la communauté internationale, et que le colonel Housen juge désormais le plus probable à court terme.
"Le risque principal, c'est un conflit gelé : un blocage diplomatique, un cessez-le-feu indéfini en pause, sans solution. Washington est bloqué. Va-t-il opter pour l'escalade ? On sait que Téhéran réagirait fortement. La situation actuelle sera gelée plusieurs semaines, je ne vois pas d'autre issue à ce stade."
Ce que confirme, dans les faits, l'actualité de ce début de semaine : l'ambassadeur iranien à l'ONU s'est exprimé devant le Conseil de sécurité sans avancée notable, Doha exprime ouvertement sa crainte d'un "conflit gelé susceptible d'être ravivé à la moindre occasion", et le chef d'état-major israélien Eyal Zamir avertit que 2026 "pourrait encore être une année de combats sur tous les fronts".
Alors comment se sortir de cette situation ? Pour Biscop, la clé n'est pas militaire, ni même diplomatique au sens classique du terme. Elle est économique et politique, et elle viendra d'acteurs qui n'ont pas tiré un seul coup de feu.
"La pression des pays du Golfe, de Riyad, Dubaï, Koweït, mais aussi de la Chine, de l'Inde et de la Corée du Sud sur Washington ne va qu'augmenter dans les semaines à venir. C'est cet élément qui sera crucial pour pousser Washington vers plus de souplesse et moins d'exigence."
L'expert pointe en particulier un rendez-vous qui pourrait se révéler décisif : d'ici trois semaines, une rencontre est prévue entre Trump et les dirigeants chinois à Pékin. "Je m'attends à une pression substantielle de Pékin pour mettre fin à cette guerre. Les Chinois présenteront des avantages concrets aux États-Unis en échange d'une sortie de crise, c'est un rendez-vous qui pourrait bien faire basculer ce conflit", insiste-t-il.
Un constat partagé par le colonel Housen. "On peut imaginer que la pression internationale finira par freiner Donald Trump, d'autant que la campagne pour les élections de novembre débute dès le mois de juin aux États-Unis. Le président américain devra donc trouver une issue d'ici la mi-juin, il n'aura plus le choix, le temps court en sa défaveur."
Pour que cela fonctionne, encore faudra-t-il que Trump accepte de revoir ses exigences à la baisse, une concession que son administration se refuse encore à envisager publiquement.
Marco Rubio a certes reconnu que la dernière proposition iranienne était "meilleure que prévu", mais il a immédiatement ajouté que tout accord devrait "définitivement empêcher l'Iran d'avoir l'arme nucléaire à portée de main".
