La conséquence inattendue de l'attentat manqué contre Donald Trump
L'aménagement de la Maison-Blanche, jusqu'ici très controversé, est désormais présenté comme nécessaire à la sécurité du Président quand il participe à des événements mondains.

- Publié le 27-04-2026 à 18h50
- Mis à jour le 28-04-2026 à 12h04

La conséquence la plus tangible, et la plus inattendue, de l'attentat manqué contre Donald Trump, samedi soir, est de fournir au Président américain un nouvel argument en faveur de l'immense salle de bal qu'il fait construire à la Maison-Blanche, au grand dam de ceux qui voudraient protéger ce bâtiment historique. Car, pour le reste, les experts doutent que l'incident, aussi spectaculaire et inquiétant qu'il ait été, influence la situation politique et, en particulier, l'issue des législatives de novembre prochain.
Donald Trump n'a mis que quelques heures, après avoir été évacué de l'hôtel Hilton où se déroulait le traditionnel dîner de gala de l'Association des correspondants de presse à Washington, pour affirmer que tout cela ne serait pas arrivé si l'on avait pu déjà disposer de sa fameuse salle de bal dans l'environnement ultra-sécurisé de la Maison-Blanche. Cet investissement est plus nécessaire que jamais, a-t-il martelé dimanche sur Fox News, pour garantir la sécurité des présidents – pas seulement la sienne, a-t-il insisté, mais surtout celle de ses successeurs.
Dans la foulée, le ministère de la Justice a appelé à l'abandon des recours introduits par diverses associations, dont le National Trust for Historic Preservation, pour stopper le chantier. Des juges ont ordonné l'arrêt des travaux, avant d'autoriser leur reprise dans l'attente d'un jugement définitif, alors que l'aile Est de la Maison-Blanche a déjà été démolie pour faire place au projet.
Un soutien parlementaire
Emmenés par le sénateur Lindsey Graham, fidèle supporter du Président, plusieurs élus républicains, mais aussi le Démocrate John Fetterman, envisagent maintenant le vote d'une loi pour autoriser définitivement la construction, mais également pour la financer. Donald Trump compte jusqu'ici sur des dons privés pour réunir les 400 millions de dollars nécessaires.
L'argument ne convainc pas tout le monde, cependant. Dans le cas précis du gala de la presse, rien ne dit qu'il pourrait être organisé à la Maison-Blanche, comme Donald Trump le sous-entend. D'une part, parce que, avec ses 1 000 places, la salle de bal ne pourrait pas accueillir les 3 000 invités payants sur la contribution desquels repose bon an mal an le financement des activités de l'Association des correspondants, notamment son programme de bourses. D'autre part, parce que les journalistes deviendraient en quelque sorte les invités du Président, alors que l'événement est censé célébrer la liberté de la presse et son indépendance à l'égard du pouvoir.
Solution nécessairement marginale
Plus largement, un président des États-Unis ne saurait confiner ses activités dans un bunker. Il est amené à se déplacer continuellement et la sécurité que lui apportera la salle de bal ne sera donc que marginale dans l'exercice de ses fonctions. Aussi les détracteurs du projet ne voient-ils dans l'argument surgi ce week-end qu'une récupération opportuniste pour imposer une initiative jusque-là très controversée.
Il paraît plus utile de revoir les procédures de sécurité. Les failles de samedi sont, en effet, étonnantes à plus d'un titre. D'abord parce que rien n'est normalement laissé au hasard dès qu'il s'agit du Président. Ensuite, parce que le gala de la presse est organisé depuis cinquante ans dans ce même hôtel Hilton – tout devait donc y être parfaitement rodé. Enfin, parce que se trouvaient réunis au même endroit le Président et ceux qui sont appelés à lui succéder en cas de nécessité : dans l'ordre, le vice-Président, J.D. Vance, et le speaker de la Chambre des représentants, Mike Johnson. Dans l'hypothèse où ils auraient été tous mis dans l'impossibilité d'exercer le pouvoir, l'intérim aurait été confié au président pro tempore du Sénat, Chuck Grassley, âgé de 92 ans.
Peu ou pas d'impact électoral
Il demeure que l'assaillant a été neutralisé en vingt secondes et n'a fait qu'un blessé léger. Si les Américains peuvent se demander ce qu'il en aurait été dans l'éventualité d'une action mieux préparée, cette interrogation reste malgré tout théorique. L'incident n'est, en définitive, pas assez grave pour bouleverser durablement l'opinion, influer sur la popularité de Donald Trump, qui est au plus bas de son second mandat avec 58 % d'avis défavorables, et faire bouger les lignes pour les midterms. De la guerre au Moyen-Orient à la situation économique, les causes profondes du mécontentement des électeurs ne seront pas occultées par le rocambolesque fiasco du premier gala de la presse auquel Donald Trump participait en sa qualité de président des États-Unis.
