Les tensions s'accentuent après l'attaque de l'aéroport de Niamey hébergeant un énorme stock d'uranium : "On va en guerre contre la France"
Des djihadistes ont mené une attaque sur un aéroport au Niger où un important stock d'uranium est stocké. La junte militaire au pouvoir accuse la France et salue le soutien de la Russie.

- Publié le 17-02-2026 à 08h07
- Mis à jour le 23-02-2026 à 21h56

Les tensions entre le Niger et la France s'intensifient, sur fond de bras de fer autour d'un stock de concentré d'uranium ("yellow cake") repris à l'entreprise Orano (ex-Areva). Un concentré qui provient de la mine de la Somaïr, nationalisée par la junte au pouvoir en juin 2025, revendiquant une souveraineté totale sur ses ressources.
En décembre dernier, les autorités nigériennes ont décidé d'acheminer cet uranium vers le port de Lomé, au Togo. Une opération loin d'être simple : le convoi – "à la Mad Max" comme le commentait TV5 Monde – doit traverser le Sahel, une zone minée par l'insécurité, entre groupes djihadistes et ramifications de l'État islamique (EIS) ou Al-Qaïda (JNIM). Résultat : l'uranium est, pour l'instant, bloqué depuis plusieurs semaines à l'aéroport de Niamey.
Une attaque et des accusations contre Paris
Le dossier a pris une tournure explosive le 29 janvier, lorsqu'une attaque a visé cet aéroport. Revendiquée par l'État islamique au Sahel, elle aurait eu pour objectif de réduire les capacités aériennes du Niger, selon le général Abdourahamane Tiani, arrivé au pouvoir après le putsch de 2023. Selon d'autres, c'est l'uranium qui aurait été visé.
Vendredi dernier, le dirigeant a quant à lui accusé la France d'être derrière l'opération, dans un "agenda de déstabilisation maladive". S'il a reconnu une faille sécuritaire au niveau de l'aéroport, il a affirmé que l'appui des Russes avait permis de repousser les assaillants. Rappelons que le 12 février, un cadre de la junte avait même appelé la population à "se préparer", affirmant qu'ils allaient "entrer en guerre avec la France".
"Dire qu'on est souverainiste et vendre ses ressources à la Russie, ce n'est pas ça, le jeu de la souveraineté. Il faut un vrai redressement économique"
Pour Dieudonné Wamu Oyatambwe, politologue et coordinateur du programme Afrique centrale chez WSM, ce type d'accusations s'inscrit dans un climat de polarisation avec la France. Depuis l'arrivée de la junte, observe-t-il, "les relations se sont distendues" et l'uranium est devenu un symbole politique autant qu'un enjeu économique. Il souligne aussi une logique régionale : au Niger comme au Mali ou au Burkina Faso, des régimes putschistes "qui n'ont pas été soutenus" se tournent vers la Russie et finissent par considérer la France comme un adversaire, voire comme l'obstacle principal à la consolidation de leur pouvoir.

Un "cake" de 1000 tonnes et 170 millions de dollars
Pour rappel, le convoi d'uranium est constitué d'environ 1 000 tonnes de ce concentré. La valeur totale est estimée à environ 170 millions de dollars. De quoi attirer les convoitises.
Dieudonné Wamu Oyatambwe y voit un élément de plus dans la recomposition des alliances : "La Russie a intérêt à voir les relations se détériorer entre l'Afrique et l'Europe, ou la France. Pour Moscou, c'est du business." Mais le politologue met aussi en garde contre l'ambiguïté du discours souverainiste dans certains pays africains : "Dire qu'on est souverainiste et vendre ses ressources à la Russie… Ce n'est pas ça, la vraie souveraineté. Il faut un vrai redressement économique", explique-t-il.
Paris dénonce une "guerre informationnelle"
Du côté français, les accusations sont fermement démenties. Le porte-parole de l'état-major des armées a évoqué une "guerre informationnelle" menée par Niamey. La France réfute toute volonté d'ingérence dans les affaires nigériennes et rappelle avoir longtemps combattu les djihadistes au Sahel avant d'être chassée par les juntes au pouvoir, comme le souligne l'AFP.
"Quitter les Français et se diriger vers les Russes ne les rendra pas plus prospères"
Sur ce point, le politologue nuance : il juge ces accusations "un peu faciles", rappelant que, sans l'intervention française au Mali, la région aurait pu basculer plus tôt dans une situation bien plus grave. Mais il rappelle aussi que la responsabilité historique de la France peut également s'entendre, car la guerre en Libye menée par Nicolas Sarkozy a, selon lui, contribué à la diffusion d'armes dans le Sahel.

Un enjeu stratégique global ?
Le Niger fournit près de 5 % de la production mondiale d'uranium et ses réserves comptent parmi les plus importantes au monde. Cette situation soulève la question de la sécurité économique liée à l'accès à ces minerais. Néanmoins, l'approvisionnement en uranium apparaît moins critique que celui d'autres ressources énergétiques, en raison de l'abondance relative des gisements et de la diversification géographique des sources à l'échelle mondiale.
Enfin, si le pouvoir nigérien se dit prêt "à faire la guerre", le politologue estime que cette position est largement exagérée. Il souligne que ces "envolées langagières" sont "régulières" et qu'elles finissent souvent par retomber. La vraie inconnue, selon lui, tient plutôt à la position que le président français Emmanuel Macron choisira d'adopter : laisser filer, ou chercher à reprendre un rôle plus actif, au risque, dans le contexte actuel, qu'une intervention soit très mal perçue.

Quoi qu'il en soit, le dirigeant du Niger a tout de même laissé une porte ouverte en laissant entendre que la France pourrait récupérer le concentré d'uranium produit avant la nationalisation de la Somaïr en juin 2025, à savoir 95 tonnes. Moins de 10 % de l'ensemble du stock de "yellow cake" de plus de 1000 tonnes. Les réserves de la mine seraient quant à elles d'environ 200 000 tonnes d'uranium.
"Quitter les Français et se diriger vers les Russes ne les rendra pas plus prospères", rappelle-t-il en guise de conclusion.