Bandar Alkhorayef, ministre saoudien de l'Industrie, sur le rapprochement avec la Russie : "Notre marché est ouvert"
Bandar Alkhorayef, ministre saoudien de l'Industrie et des Ressources minières, affirme qu'après avoir exploité pleinement les ressources de gaz et de pétrole, il est maintenant temps pour le Royaume de se diversifier, sans exclure aucune piste de collaboration.

- Publié le 18-02-2026 à 08h15
- Mis à jour le 18-02-2026 à 10h58

De passage à Bruxelles, le ministre de l'Industrie et des Ressources minières d'Arabie saoudite, Bandar Alkhorayef, est venu vanter les ambitions économiques du Royaume. Alors que le pays tente de trouver des alternatives à une économie fondée sur le pétrole, dont le prix est sous pression depuis plusieurs mois, l'Arabie saoudite cherche désormais à se positionner en tant qu'acteur mondial du secteur minier. Pour ce faire, le ministre saoudien est notamment allé promouvoir les atouts de son pays lors d'une réunion à la Commission européenne, juste après s'être entretenu avec un groupe de dirigeants d'entreprises et d'investisseurs belges.
Mais au-delà de l'Europe, l'Arabie saoudite se tourne également vers un autre pays : la Russie, pourtant sous sanctions internationales depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine, en 2022. Et alors que certains pays ont été sanctionnés par le président américain Donald Trump, notamment sous forme de droits de douane, pour avoir fait du commerce avec Moscou, le ministre saoudien, lui, presque amusé lorsqu'on l'interroge sur ce sujet, ne semble pas craindre d'éventuelles représailles américaines.
Vous avez rencontré le ministre belge de l'Économie, de l'Emploi et de l'Agriculture, David Clarinval (MR), qu'avez-vous retiré de cet échange ?
En effet, nous avons eu l'occasion d'échanger et il s'est joint à nous pour des rencontres avec les représentants du secteur privé. Mon rôle consiste à présenter à l'international les initiatives de l'Arabie saoudite en matière de développement, à la fois dans l'industrie et dans le secteur minier. Ces deux secteurs sont très importants pour notre économie et ils seront développés uniquement par le secteur privé. Je m'assure donc que nos stratégies soient claires pour les acteurs mondiaux.
Dans le même temps, nous devons aussi travailler avec les gouvernements afin d'assurer un alignement. Le soutien des pouvoirs publics est donc essentiel pour nous, notamment pour encourager des investissements durables et à long terme.
Vous êtes ici pour développer des partenariats avec la Belgique. Quels secteurs offrent les meilleures opportunités de collaboration ?
Des secteurs comme la pharmacie, la pétrochimie mais aussi les énergies renouvelables, la Belgique compte d'excellentes entreprises dans ces domaines. Nous construisons la plus grande usine d'hydrogène verte en Arabie saoudite (le projet Neom, NdlR) et plusieurs fournisseurs belges y participent déjà. Nous pensons aussi que la technologie belge est très intéressante et nous souhaitons davantage de collaboration pour soutenir notre industrialisation et le développement de notre secteur minier. Aujourd'hui, nous constatons, par exemple, qu'il existe, ici en Belgique, l'entreprise Solvay, qui s'intéresse également au traitement des terres rares ainsi qu'aux technologies associées.
Et l'Europe est un partenaire clé pour vous ?
Bien sûr. Nous entretenons des bonnes relations avec la plupart des pays européens. Dans le secteur chimique, notamment, de nombreuses coentreprises ont été créées.
Vous voulez faire des ressources minières le troisième pilier de l'économie saoudienne. Pourquoi ?
Notre projet Vision 2030 a pour objectif principal de diversifier notre économie, en passant d'une économie basée sur le pétrole à d'autres secteurs. L'exploitation minière joue donc un rôle central dans cette stratégie. C'est dans ce domaine que nous voyons une grande opportunité pour diversifier notre économie. Si l'on examine les exportations des dernières années, on constate une forte croissance provenant de notre secteur minier, notamment dans le phosphate, où nous sommes aujourd'hui le quatrième plus grand pays dans l'industrie des engrais, ainsi que dans l'aluminium.
L'objectif est donc de développer le secteur minier parmi les nouveaux secteurs prioritaires. À l'époque, notre gouvernement se focalisait uniquement sur le pétrole et le gaz. Il est temps de se diversifier.
Nous avons effectivement reçu, il y a quelques jours, le ministre russe de l'Industrie et du Commerce (Anton Alikhanov, NdlR) en Arabie saoudite à l'occasion d'un salon de la Défense.
Comment comptez-vous procéder ?
Au cours des dernières années, nous avons entrepris trois actions très importantes pour ouvrir le marché et développer les opportunités dans ce secteur. Premièrement, il était essentiel de comprendre quels types de minerais nous possédons et le potentiel que nous pouvons en tirer. Nous avons investi massivement dans des projets d'études géologiques et d'exploration de notre territoire. Aujourd'hui, nous estimons ces ressources à 2 500 milliards de dollars.
Deuxièmement, nous avons adopté une nouvelle loi sur l'investissement. C'est très important pour nous d'offrir aux investisseurs une vision claire des politiques et des orientations. Cette loi couvre tous les aspects : elle octroie des licences, des autorisations, en respectant les critères ESG (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, NdlR). Tout est prévu pour assurer la transparence. Nous disposons désormais d'un cadre d'investissement très compétitif, bien accueilli par les investisseurs.
Enfin, il est essentiel de positionner l'Arabie saoudite au sein des autres pays de la communauté minière. Comment pouvons-nous coopérer avec d'autres pays ? De quoi avons-nous besoin ? C'est pour cela que nous avons créé le Future Mineral Forum (un forum international annuel axé sur les minéraux et l'industrie minière basé à Riyad, fondé en 2021 par le ministre, NdlR).
Comment intégrez-vous la durabilité dans ce projet ?
La durabilité est un élément clé de notre projet Vision 2030. Chaque secteur dispose de réglementations spécifiques en matière de durabilité. Par ailleurs, d'autres entités comme le ministère de l'Environnement, ainsi que celui de l'Énergie et de l'Économie, supervisent également certaines pratiques. La durabilité est très importante pour nous. Elle fait partie intégrante de tout ce que nous entreprenons. Aujourd'hui, lorsque nous examinons un projet, nous analysons précisément le type de technologie utilisé, son niveau de durabilité ainsi que sa fiabilité, afin de nous assurer qu'il respecte également les normes internationales.
Vous avez appelé à un renforcement des relations avec la Russie. N'avez-vous pas peur de représailles du président américain Donald Trump qui sanctionne les pays faisant du commerce avec la Russie ?
Nous avons effectivement reçu, il y a quelques jours, le ministre russe de l'Industrie et du Commerce (Anton Alikhanov, NdlR) en Arabie saoudite, à l'occasion d'un salon de la Défense. Nous avons également accueilli à Riyad une exposition intitulée Innoprom qui mettait en avant de nombreuses entreprises russes. L'année dernière, nous étions leurs invités d'honneur en Russie et, cette année, c'est nous qui les recevions. Nous sommes ouverts à toute collaboration. Nous respectons certains paramètres, notamment en ce qui concerne des entreprises ou des individus soumis à des sanctions. Il existe évidemment un processus de vérification. Mais en dehors de ces restrictions, notre marché reste ouvert (précisons que le ministre de l'Industrie russe est toutefois sanctionné par les États-Unis depuis 2022, NdlR).
Vous ne craignez donc pas des représailles de Donald Trump ?
Nous travaillons en étroite collaboration avec le ministère des Affaires étrangères, qui supervise les questions liées aux entreprises et aux individus sanctionnés par les États-Unis ou par d'autres pays. Nous agissons donc pleinement dans le respect des lignes directrices des relations internationales.
