500 millions de dollars coincés en Russie, le cauchemar de Telegram et de son fondateur Pavel Durov
Telegram affirme son indépendance vis-à-vis de la Russie, mais le Financial Times affirme que 500 millions de dollars d'obligations sont désormais "piégés" dans le pays.

- Publié le 07-01-2026 à 16h17
- Mis à jour le 07-01-2026 à 18h34

Si Pavel Durov, le fondateur de Telegram, assure n'entretenir aucun lien avec son pays natal, la Russie, ses finances racontent une autre histoire. Alors que la Russie est toujours sous sanctions internationales depuis le début de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine en 2022, certaines entreprises commencent seulement à en subir les conséquences. C'est notamment le cas de l'application de messagerie cryptée Telegram.
En effet, le Financial Times vient d'annoncer que 500 millions de dollars d'obligations appartenant à Telegram sont actuellement bloqués dans le NSD, le dépositaire central de titres russes, (l'équivalent d'Euroclear à l'échelle de la Russie, par exemple), en raison des sanctions occidentales.
Pavel Durov affirme ne plus avoir de lien avec la Russie
Le réseau social de Pavel Durov, qui envisage d'être bientôt introduit en Bourse, affirme tant bien que mal son indépendance vis-à-vis de son pays natal, la Russie. En 2014, il avait d'ailleurs quitté le pays en raison des pressions politiques. Il s'était alors installé en France où il avait obtenu la nationalité française et où il avait été mis en examen en août 2024, pour douze infractions relevant de la "complicité d'activités criminelles". Depuis, le fondateur de Telegram, dont la fortune est estimée à 17 milliards de dollars selon Forbes, s'est installé à Dubai, avec ses bureaux officiels.
Au lendemain de l'invasion, le Kremlin qui n'avait pas apprécié que Durov protège les données de ses utilisateurs ukrainiens, avait adopté un ton hostile envers l'application. Mais avec les déboires judiciaires du fondateur en France, le président russe Vladimir Poutine s'est montré plus clément avec le milliardaire, criant à la censure après son arrestation à Paris. Depuis, le Kremlin s'était accommodé à ce réseau, indispensable pour sa propagande et totalement investi par les autorités russes, comme notait notre correspondant en Russie Paul Gogo dans nos colonnes, en 2024.

500 millions gelés
Mais l'annonce du Financial Times place l'entreprise dans une position délicate. Car ce gel met en lumière l'exposition de l'application aux circuits financiers russes.
Et si cet argent est bloqué en Russie, c'est pour une raison bien particulière. Les obligations de Telegram seraient détenues, pour certaines, par des investisseurs russes, déposées au NSD.
Car pour faire circuler des obligations et des paiements en Russie, passer par le NSD est obligatoire.
Mais quelques années plus tard, ces obligations arrivent à échéance et Telegram doit rendre cet argent aux investisseurs russes et payer sa dette. Mais depuis le début des sanctions occidentales, les entités internationales n'ont plus le droit d'envoyer ou de faire transiter des paiements via cette entité. Dès ce moment-là, les obligations de Telegram détenues en Russie sont donc devenues juridiquement bloquées.
Résultat : environ 500 millions de dollars restent immobilisés en Russie.
À noter que Telegram dément toutes ces informations et affirme ne pas compter d'investisseurs russes. "Telegram ne dépend pas des capitaux russes et le postulat du Financial Times est erroné. Si l'émission obligataire de 2021 (d'un montant de 500 millions de dollars) incluait quelques acheteurs russes, elle est aujourd'hui largement remboursée", nous explique Telegram. "Conformément aux pratiques internationales et au régime de sanctions de 2022 que nous respectons pleinement, les fonds de remboursement sont transférés à un intermédiaire international. Dès lors, la responsabilité de Telegram s'arrête : si certains détenteurs ne peuvent pas percevoir leurs fonds en raison des sanctions, cela ne constitue pas un risque ou un défaut pour l'entreprise", continue l'entreprise.
Cette annonce vient toutefois chambouler l'écosystème de l'entreprise. Reste à savoir si une introduction en Bourse pourra encore se concrétiser dans ces conditions.