Le loup est présent en Wallonie : "C'est un tueur professionnel, ce que j'ai vu est très choquant"
Huit ans après son retour en Wallonie, la cohabitation avec le loup se cherche toujours.
- Publié le 27-08-2026 à 11h25
- Mis à jour le 27-08-2026 à 11h46

Stijn Vandyck, berger à Vielsalm se serait bien passé de cette publicité. En 2016, il est entré dans les annales wallonnes en devenant le premier éleveur à subir une attaque de loup depuis le retour du canidé sauvage. "Tout le monde me parle tout le temps de cela. Comme je suis passé dans les médias, je suis devenu 'Monsieur Loup Wallonie'. J'aimerais qu'on me parle un peu d'autre chose maintenant", soupire-t-il.
Dix ans après l'attaque, les souvenirs de l'attaque sont toujours vivaces. "À cette époque, on ne parlait pas encore du loup. On soupçonnait qu'il allait revenir un jour, mais on ne parlait pas encore d'un retour officiel. Moi, j'ai tout de suite vu que ce n'était pas un chien qui avait attaqué mes moutons. Le loup, c'est un tueur professionnel", relate-t-il.
Son épouse est la première à avoir découvert la scène du crime. "Les animaux avaient été complètement bouffés. Certains avaient la gorge complètement broyée. Ils respiraient encore par l'œsophage, ils ont dû être euthanasiés. C'est quelque chose de très choquant. Ma femme n'était pas bien. Elle faisait des cauchemars qui ne partaient pas. Elle a dû être soignée."
Depuis lors, le berger a subi plusieurs attaques. "Cette année, la première attaque a eu lieu en février. Huit moutons ont été tués. Une deuxième attaque a eu lieu en avril et on a eu six moutons morts et de nombreux blessés. Depuis avril, on travaille beaucoup avec des chiens de protection. Nous en possédions déjà avant mais leur nombre n'était pas suffisant. Nous en avons donc six maintenant. Les chiens, c'est bien, mais ils entraînent beaucoup de travail et de stress. Il faut aller les nourrir tous les jours. Nous leur avons aussi placé un GPS afin que nous sachions toujours où ils se trouvent", décrit l'éleveur.
Et de préciser : "Personnellement, je ne suis pas contre les loups. Mais on n'est plus habitué à vivre avec lui, ce qui rend la situation difficile. Et comme élever des moutons est mon métier, je ne peux pas tout arrêter juste parce qu'il y a des loups. J'essaye donc de m'adapter et de me protéger. J'ai par exemple mis des fils électriques dans quelques prairies."
Sept zones occupées en permanence
Depuis l'installation du premier loup wallon, dénommé Akela, dans les Hautes Fagnes en 2018, le grand prédateur a sans cesse gagné du terrain. "Il y a une grande zone de présence permanente dans les Hautes Fagnes, avec quatre territoires distincts occupés. Depuis 2025, deux zones supplémentaires qui correspondent au territoire de la forêt d'Anlier et du massif de Saint-Hubert sont occupées et au printemps 2026, une louve s'est installée en Ardenne liégeoise entre Spa, Stavelot et Stoumont", explique Alain Licoppe, coordinateur du Réseau Loup wallon.
Tous ces individus sont identifiés et suivis à la trace dans le cadre d'un monitoring européen. "À chaque fois qu'un nouvel individu débarque chez nous, sur base de son ADN, nous pouvons faire le lien avec des loups présents dans la base de données. Cela nous permet de mieux comprendre la dispersion des loups, étant donné qu'ils sont capables de parcourir des milliers de kilomètres", poursuit notre interlocuteur.
Cette base de données a pu révéler que la louve installée à Saint-Hubert a parcouru 500 kilomètres depuis l'Allemagne avant de s'établir chez nous. Cette banque de données montre également qu'un grand nombre de loups installés chez nous sont des descendants d'Akela, dont la carcasse a été retrouvée le 14 mai dernier en Allemagne. "Nous avons aussi un loup issu de la population italo-alpine, qui est une tout autre population que celle qu'on appelle germano-polonaise", précise Alain Licoppe.
Une carte des zones où le loup pourrait trouver refuge en Wallonie a été établie. Selon cette projection, toutes les zones situées au sud du Sillon Sambre-et-Meuse sont favorables à l'installation du mammifère. "Dès qu'on passe au nord du sillon, le territoire wallon devient beaucoup moins attractif pour tout une série de raisons, à commencer par le manque de superficie forestière", estime Alain Licoppe.
Faciliter la cohabitation
Combien de meutes pourraient trouver leur bonheur en Wallonie ? Difficile à dire car cela dépend avant tout de l'acceptation de la population. "La Wallonie pourrait en accueillir beaucoup en termes de capacité d'accueil biologique, mais nous devons aussi tenir compte de la capacité d'accueil sociétale. Cela suppose de répondre à ces questions : 'Qu'est-ce qui est acceptable pour la population et à quoi sommes-nous prêts à consentir pour favoriser le retour du loup ?' La population aura par exemple du mal à l'accepter en Hesbaye ou dans le Condroz. Lorsque tous les 'bons' habitats seront colonisés, il sera plus difficile de tolérer de nouvelles installations dans des endroits où le loup n'a pas de rôle à jouer d'un point de vue écologique", estime le spécialiste.
Car sur le terrain, la présence du loup ne fait pas l'unanimité. "Mais à force de faire de la sensibilisation, les gens prennent conscience que le loup est de retour, qu'on ne pourra plus faire marche arrière et que la population va continuer à s'accroître tant qu'il y aura des espaces à combler", affirme Alain Licoppe.
Née en Flandre peu de temps après le retour du loup, puis en Wallonie, la Wolf Fencing Team, une initiative de Natagora, Natuurpunt et du WWF, vise à améliorer la cohabitation entre le loup et les éleveurs à travers la mise en place de solutions très concrètes.
"Notre objectif est d'apporter un soutien technique aux éleveurs pour qu'ils mettent en place des protections contre le loup. C'est la meilleure manière de permettre l'acceptation de l'animal", résume Rémi Somers, responsable de la branche wallonne de l'association de bénévoles. "Nous encourageons les éleveurs à protéger leurs troupeaux de manière préventive mais malheureusement, ils sont nombreux à attendre la première attaque pour nous contacter. Clairement, nous ne manquons pas de travail mais nous encourageons vivement les éleveurs à faire appel à nous. Nous savons en effet à quel point une attaque peut être traumatisante, aussi bien chez les éleveurs particuliers que chez les professionnels. Je pense par exemple à un éleveur qui a perdu plus de vingt animaux, qui représentaient plus de dix ans de sélection génétique. Nous voulons porter un message nuancé : le loup est en Wallonie et il va y rester. Car même si un jour peut redevenir chassable, il y en aura toujours qui traverseront les frontières et reviendront chez nous", appuie-t-il.

