US PGA : quel avenir pour Thomas Detry si le LIV Golf s'arrête en fin de saison?
Michel Vanmeerbeek a hâte de voir Thomas Detry à l'œuvre sur l'US PGA. Il pointe Scheffler, McIlroy et Fitzpatrick comme favoris. Avec la mort du LIV Golf en toile de fond.

- Publié le 12-05-2026 à 12h32

De tous les Majeurs de la saison, l'US PGA n'a pas l'aura du Masters d'Augusta ni l'histoire de l'US Open et du British Open. Mais, le deuxième Majeur de la saison s'impose comme la grande messe des professionnels, un pèlerinage annuel où seule l'élite est ordonnée pour officier sur les fairways très étroits de l'Aronimink Golf Club en Pennsylvanie. Sous la direction de la PGA of America, les meilleurs mondiaux se sont donné à nouveau rendez-vous. Scottie Scheffler sera-t-il en mesure de prolonger son règne ?
Le mythique Wanamaker Trophy sera aussi convoité par un Belge, le revenant Thomas Detry. Il doit sa participation à son classement. Le top 100 à l'official World Golf Ranking (OWGR) était invité. Detry figure à la 69e place grâce notamment à son titre PGA au WM Phoenix Open en février 2025. S'il ne figure pas parmi les favoris, il se réjouit de retrouver le PGA. Il pourrait créer la surprise en Pennsylvanie. En 2024, personne n'a oublié sa quatrième place. Son retour est englobé d'un flou artistique au sujet de la survie du LIV.
Notre consultant Michel Vanmeerbeek préface cette édition de l'US PGA.
Parti en début d'année sur le LIV, Thomas Detry a été invité par la PGA of America. Que peut-on attendre de lui cette semaine ?
En quittant le circuit PGA, il a pris congé du plus haut niveau en janvier. Il n'est pas parti depuis assez longtemps pour que son niveau ne diminue. Sur le LIV, il touche plus d'argent, mais il joue aussi avec moins de pression. La concurrence est moins forte. Cette semaine, il aura les sens plus ouverts. L'adrénaline va monter. On verra l'impact du LIV sur son jeu. Je pense qu'il sera minime car il n'est parti que depuis quatre mois. Je suis certain que nous verrons le même Thomas qu'en 2025. Il sort de quelques mois plus tranquilles. Peut-être a-t-il appris à être plus relax dans sa tête ? Thomas n'est pas du genre à pratiquer un golf à 50 %. Il est toujours concentré sur ses objectifs. L'US PGA propose souvent le niveau de jeu le plus élevé des quatre Majeurs car le classement mondial définit la liste des participants.
Adrien Dumont de Chassart, qui évolue sur le PGA Tour cette saison, est absent. Avait-il une chance de pouvoir se qualifier sur l'US PGA ?
Le voir en Pennsylvanie n'était pas un objectif raisonnable. Il aurait dû figurer dans le top 100 mondial. Pour y parvenir, il aurait dû remporter un tournoi sur le PGA. Sa saison n'est pas simple au niveau de la programmation car il n'a pas accès aux Signatures Event et aux Majeurs. Par conséquent, il est souvent coupé dans son élan. Il figure à la 153e place mondiale car il ne dispute pas les tournois qui rapportent beaucoup de points.

Quels sont vos favoris ?
Il faut toujours commencer par les deux 'du dessus': Scottie Scheffler et Rory McIlroy. On les connaît par cœur. Je placerais aussi un Matthew Fitzpatrick. L'Anglais est le joueur le plus en forme de la saison. Il occupe le quatrième rang mondial. Il domine le classement financier de la saison avec 10,5 millions de dollars. En mars, l'Anglais a remporté le Valspar Championship grâce à un putt de quatre mètres pour un birdie au dernier trou. Il a battu en barrage Scottie Scheffler au RBC Heritage en avril. Personne n'a oublié son titre historique en double avec son frère Alex lors du Zurich Classic of New Orleans en avril. Au Players Championship, il finit deuxième, derrière Cameron Young. Au Masters d'Augusta, il a bouclé la semaine à la 18e place. Cette année, il est hallucinant. Il ne peut pas arriver avec une meilleure confiance. Tout ce qu'il fait, il le fait très bien. En plus, sa forme dure dans le temps.
Vous avez aussi pointé un autre grand nom à suivre…
Jordan Spieth pourrait boucler son Grand Chelem en carrière s'il remporte l'US PGA. Il a déjà gagné le Masters (2015), l'US Open (2015) et le British Open (2017). Depuis sa période un peu folle, il se cherche. Mais, avec lui, on n'est jamais à l'abri d'une belle performance. Son putter est diabolique.
Quel est le profil du parcours du Aronimink Golf Club ?
On parle d'un tout vieux terrain qui a plus de 100 ans. Ce parcours est un classique qui ressemble à Oakmont qui a accueilli l'US Open l'an passé (victoire de JJ Spaun). Les fairways sont étroits avec des gros roughs. On parle de fairways de 20 mètres de large. Le driving sera testé. Il sera essentiel de toucher les fairways. Cet US PGA ne sera pas un tournoi où les cartes arriveront à -20. S'il pleut un peu, les greens seront plus mous ce qui pourrait aider.
Sur les 156 participants, onze proviennent du LIV Golf dont Thomas Detry, Bryson DeChambeau, John Rahm ou encore Dustin Johnson ? Comment seront-ils accueillis par les médias et par les joueurs ?
Les médias se concentreront essentiellement sur Bryson De Chambeau. Un Thomas Detry a plus tendance à passer sous les radars. Il ne devrait pas être ennuyé. S'il commence à grimper dans le tableau au fil des jours, il fera plus parler de lui.
Le LIV Golf, ce circuit financé par le Fonds public d'investissement d'Arabie saoudite, vit-il sa dernière saison ?
Depuis la semaine passée, le PIF (Public Investment Fond) a coupé les robinets. Quelques tournois n'auront pas lieu en fin de saison. L'idée, c'est d'arrêter les frais en fin d'année. Le LIV Golf va soit disparaître soit changer de formule. Il y a de grandes chances que le LIV vive sa dernière saison.
Que se passera-t-il alors pour les joueurs de ce circuit saoudien ?
Beaucoup se retrouveront sans job. Je ne vois pas le PGA Tour les accueillir. Le dirigeant du PGA, Jay Monahan, a mené des discussions avec son homologue Yasir Al-Rumayyan. Fin 2025, ils ont ouvert une fenêtre pour quelques joueurs. Seul Brooks Koepka en a profité, moyennant de grosses amendes et mises à l'écart. Je ne vois pas les Rory McIlroy ou Scottie Scheffler accepter sans broncher le retour des joueurs du LIV Golf qui ont amassé de grosses fortunes pendant qu'eux, ils évoluaient sur le PGA Tour.
Que craint Thomas Detry ?
En fin de saison, il a prévu de jouer sur le DP World Tour. S'il joue bien, il conservera sa carte. Quant à le revoir sur le PGA Tour, il n'est plus membre. Il peut bénéficier d'invitations pour certains tournois en fonction de son classement. Tout ceci reste flou à ce jour.
Que retiendrez-vous de cette expérience du LIV Golf ?
Il a été officiellement créé en octobre 2021 avec Greg Norman. Le premier tournoi s'est déroulé en juin 2022 près de Londres. Il a été financé intégralement par un Fonds d'investissement public (PIF). Je retiendrai surtout qu'il a causé beaucoup de polémiques. Il a fait beaucoup de bruit pour une durée de vie très limitée. Il a été peu suivi par les médias. Sa visibilité a été faible. Ils avaient espéré attirer les meilleurs joueurs du circuit pour une saison de 10 tournois. Greg Norman avait déjà parlé de ce projet dans les années 1990. Finalement, l'investissement n'était pas tenable. On peut élargir la réflexion avec d'autres ligues saoudiennes qui ont payé pour attirer les plus grandes stars comme Ronaldo par exemple. Est-ce que ce projet tient la route ? Moi, je reste convaincu qu'il est difficile de créer un événement sportif sans l'histoire. Tout le monde a vibré en voyant les 70 000 personnes au stade du Bayern Munich la semaine passée. Cela ne s'achète pas. L'émotion vient du terrain et de l'histoire.
Le grand gagnant sera le PGA Tour…
En tout cas, le PGA Tour n'a aucune raison de tendre la main au LIV Golf. Tout gosse qui rêve de gloire pense depuis son premier putting au PGA.