Emmanuel Macron et Friedrich Merz se fracassent sur le mur des égos industriels
Justifiant sa décision sur l'incapacité des entreprises en jeu de se mettre d'accord, Berkin met un trait sur un projet symbolique. Elle estime avoir des alternatives.
- Publié le 10-06-2026 à 13h21

Bien sûr, la fin du SCAF est un échec cuisant. Personne à Berlin n'ose présenter comme une bonne chose l'abandon de ce projet franco-allemand d'avion de combat, initié en 2017 par le président Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel, pour remplacer les avions de chasse de cinquième génération, Rafale et Eurofighter, respectivement utilisés par Paris et Berlin. Dans un contexte de tensions avec les alliés américains et de guerre en Ukraine, et alors que Friedrich Merz et Emmanuel Macron ne cessent d'appeler à davantage de souveraineté européenne, ils se sont fracassés sur le mur des égos industriels et des intérêts nationaux.
"Des relations très compliquées"
À Berlin, on justifie l'arrêt de cette initiative par l'impossibilité pour les deux entreprises impliquées, Dassault et Airbus, de se mettre d'accord, même si, sur le fond, la responsabilité est rejetée sur l'avionneur français. Le patron de Dassault Aviation, Eric Trappier a multiplié les appels pour obtenir le leadership d'un projet qui se voulait initialement équilibré en termes de partage technologique et industriel.
Ce mardi, le ministre de la défense Boris Pistorius confirmait que les relations avaient été "très compliquées" avec cette entreprise, sur la question de la propriété industrielle. Dans la presse, les avis sont encore plus tranchants. Boosté par des "carnets de commandes pleins" et par la crainte d'une victoire de l'extrême-droite en France très critique envers le Scaf, Dassault n'aurait eu "aucun intérêt à poursuivre le projet commun", estime le magazine Wirtschafswoche. Côté allemand, la guerre en Ukraine a par ailleurs modifié la donne et les équilibres. Désireuse de devenir la plus grande armée conventionnelle d'Europe, comme le dit Friedrich Merz, l'Allemagne souhaitait une collaboration à égalité avec la France sur ce projet, soutenu en cela par son industrie et par les syndicats désireux d'avoir des garanties sur l'emploi. En vain.

"Projets réalistes et pertinents"
Le risque politique de cet échec franco-allemand désormais pris et assumé, le gouvernement de Friedrich Merz ne cache désormais pas vouloir aller de l'avant pour remplacer ses Eurofighters. Il ne cache ainsi pas avoir plusieurs alternatives en mains, entre une participation au projet d'avion de combat lancé par les Britanniques, Japonais et Italiens, et une coopération avec les Suédois Saab. Ce mardi, une troisième option circulait, relayée par le Financial Times, sur une possible collaboration entre Airbus, Henshold, Diehl, MTU, le Suisse Liebherr, et le groupe européen MBDA. La quatrième, consistant à acheter davantage de F-35 américains, ne semble pas privilégiée.
Le chancelier Friedrich Merz pourrait apporter un début de réponse ce mercredi, lors d'un discours au salon international de l'aéronautique de Berlin. Avant que le conseil interministériel franco-allemand de juillet, ne confirme la suite de la coopération militaire. Officiellement, on annonce des projets "réalistes et pertinents". Loin du SCAF donc. Le projet de char de combat du futur, lui aussi commun aux deux pays, est maintenu. C'est déjà ça…